Au Fil de l'eau


lundi 14 décembre
J'écoute encore parfois France Culture, en me préparant le matin, et ce malgré mes difficultés croissantes à supporter les questions de Guillaume Erner, dont la posture me semble s'éloigner de plus en plus de "l'esprit d'ouverture" revendiqué par le slogan de la radio - mais je m'égare. L'invité des Matins, en ce lundi 14 décembre, est Jean-Michel Blanquer. Erner + Blanquer, c'est un combo qui aurait dû me faire fuir, mais j'ai envie d'entendre le billet politique : "Faut-il des conventions citoyennes sur tous les sujets ?" Je l'avoue, la Convention Citoyenne sur le Climat est une de mes faiblesses. Et comme elle a magnifiquement prouvé l'efficacité d'un processus démocratique pour l'émergence d'une représentation partagée cohérente et la production d'idées nouvelles et de propositions courageuses, ça m'intéresse de savoir ce que ces deux-là en ont compris. Au-delà de la façon dont ils vont justifier le fait que notre président ne tienne pas son engagement que "ce qui sortira de cette convention [...] sera soumis sans filtre, soit au vote du parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe".
Je ne suis pas déçue :
Frédéric Says : "Sur le fond des matières dont vous avez la charge, pourriez-vous décider d'une convention citoyenne sur l'école, sur les rythmes scolaires, sur les programmes, sur des choses vraiment de fond ?"
Jean-Michel Blanquer : "D'une certaine façon, c'est ce qui se passe sur pas mal de sujets. Tout à l'heure je faisais référence au Grenelle de l'éducation. C'est en ce moment-même, semaine après semaine, des groupes qui se réunissent. Il y a 15 jours, il y avait par exemple le colloque qui s'appelle "Professeur du XXIe siècle", qui a été vu par des milliers de gens. Il y a des mécanismes participatifs qui existent dans ce cadre. Il y a un mois et demi, on a fait ce qu'on appelle les États généraux du numérique, qui avaient été précédés par des États généraux dans l'ensemble des Académies de France."
F. Says : "Ce ne sont pas 150 citoyens tirés au sort qui font la loi, en l'occurrence."
JM. Blanquer : "Non. Mais après, il y a des méthodes différentes. Là, par exemple, ce sont des dizaines de milliers de gens qui ont participé à certaines choses. Vous avez par exemple un député, qui s'appelle Gaël Le Bohec, qui a fait une consultation qui a concerné plus de 20.000 personnes, pour la plupart des professeurs, pour nourrir le Grenelle de l'éducation que nous sommes en train de faire. Donc des mécanismes participatifs selon des méthodes variées, c'est quelque chose de normal, et c'est quelque chose d'ailleurs que que nous faisons et que nous pouvons faire évidemment dans le futur. Chaque domaine nécessite une méthode particulière : prenez les programmes, par exemple, il y a eu une considérable modification des programmes du lycée, c'est à la suite de tout un processus consultatif, mais qui a concerné par exemple les associations disciplinaires, dans un domaine concerné. Pour le Grenelle de l'éducation qui s'achève fin janvier, il y a encore une plate-forme où tout un chacun peut contribuer au travers de cette plate-forme aux idées de ce Grenelle de l'éducation."
Aucune question de G. Erner, qui passe à autre chose...
Moralité : soit notre ministre de l'éducation ne connait pas la différence entre consultation et participation, c'est-à-dire entre intelligence cloisonnée et intelligence collective, soit il fait semblant. Dans tous les cas, bonjour les amalgames et la confusion.

mardi 24 novembre
Je suis bénévole pour une association qui souhaite fonctionner en auto-organisation / gouvernance partagée / intelligence collective / etc.
Super ! Non seulement je me sens en phase avec l'objet de l'association (la Communication NonViolente, en l'occurrence), mais je vois dans cette intention la possibilité de mieux contribuer puisque ce fonctionnement me permettra d'agir sans prendre des responsabilités trop importantes, autrement dit de "faire ma part" à la hauteur de mes capacités ou de mes envies.
Las, je découvre progressivement un contexte où l'envie de bien faire des bénévoles se trouve mise à mal par les questions d'urgence et les engagements unilatéraux des porteurs de projets vis-à-vis des membres du Conseil d'Administration. La gestion des projets, qui repose sur la motivation des bénévoles, tourne à la contrainte quand leurs porteurs commencent à stresser. Le stress ressenti crée le désengagement - subtil mais réel - des bénévoles de l'équipe, et la posture initialement ouverte des porteurs de projet commence à se fissurer pour devenir de plus en plus contrôlante.
J'essaie de faire des propositions mais en vain : je ne suis qu'une bénévole ici, pas une "consultante". Mes demandes qu'on adopte des façons de travailler permettant l'auto-organisation ne sont pas entendues : les autres bénévoles trouvent ça lourd (et je suis consciente que ça l'est, surtout au début, et surtout à distance comme maintenant), les porteurs de projet ressentent cette lourdeur et, voulant l'épargner à leurs bénévoles, rejettent mes propositions. Au final, on valide implicitement un fonctionnement où la connaissance et les responsabilités restent dans le giron d'un petit nombre, qui devient goulot d'étranglement et se retrouve rapidement à tout porter, avec risque de burn-out à la clé. :-(

Idées de sujets à creuser en lien avec ce partage :
  • De la question des bonnes pratiques pour favoriser l'auto-organisation quand on lance un projet.
  • De la question de l'empathie chez les porteurs de projets souhaitant promouvoir l'auto-organisation
  • De l'obligation d'être légitime pour accompagner l'adoption de gouvernances partagées / du risque de ne pas l'être
  • what else?